Portrait de pilote

Le F/O Steve P. Odahowski en Normandie.

Disparu il y a 20 ans, je vous propose de découvrir l’histoire d’un pilote de planeur fait prisonnier le 6 juin 1944 en Normandie. Ce jour-là en fin de journée, la mission Keokuk doit transporter des hommes du 327th GIR de la 101st sur la LZ E afin de renforcer les paras de cette unité. Cette Landing Zone se trouve à l’ouest de Hiesville. Contrairement aux deux premières missions, les avions et planeurs doivent suivre un chemin différent pour arriver en Normandie et arriver par la côte est du Cotentin  en survolant Utah-Beach dont les défenses sont exsangues, avant de se poser sur leur LZ. Des balises lumineuses fixées sur des croiseurs britanniques permettent de signaler les changements de direction : checkpoint “Spokane” et “Paducah”. Pour la première fois, les alliés utilisent les planeurs pour une mission diurne. Keokuk est la mission utilisant le plus petit nombre de planeurs. Seuls 32 Horsa du 434th TCG s’envolent à 18h30 de l’aérodrome d’Aldermaston en Angleterre.

Parmi les planeurs à destination de la LZ E, l’un d’entre eux est piloté par le F/O Steve  Odahowski et copiloté par le F/O Bill Jew du 71st TCS. Après avoir été la cible de tirs d’armes légères, Steve pose son Horsa, baptisé “CHICAGO KID” du fait de ses origines, chargé d’une Jeep avec sa remorque, de munitions et de trois soldats. Deux d’entre-eux sont tués en sortant par l’arrière du planeur. Le dernier soldat, ainsi que Jew et Odahowski sont capturés par les paras allemands du 6.Fallschirm-Jäger Regiment et conduits  à leur poste de commandement  afin d’y être interrogés. Ils y rencontrent une quinzaine de paras américains, prisonniers eux aussi. Le 7 juin au soir, ils sont déplacés en camion pour St-Lô. Le soldat allemand conduisant le camion demande dans un anglais impeccable : ”How are the Cubs doing ? ” (“où en sont les Cubs ?”). Il avait  eu une fiancée américaine à Milwaukee et avait voyagé plusieurs fois aux Etats-Unis. La discussion s’engage entre ces deux soldats, théoriquement ennemis, et qui évoquent ensemble les résultats du club de Base-Ball de Chicago. Après quelques jours à St-Lo, ils sont déplacés à Alençon puis Chartres et enfin Paris  où ils prennent un train pour à Frankfurt-am-Main via Metz. Là-bas, les prisonniers sont conduits au Dulag Luft ( Durchgangslager der Luftwaffe ), centre destiné aux interrogatoires des pilotes ennemis. Les soldats y sont enfermés dans des petites cellules individuelles sombres, les plus luxueuses étant uniquement équipées d’un lit en fer, d’une table et d’une chaise. Le F/O Steve Odahowski y est interrogé pendant dix-huit jours, ne recevant que de l’eau de du pain noir comme nourriture. Conformément à la convention de Genève de 1929, il ne décline que son nom, grade et numéro matricule. Dans ce centre, les allemands ne procèdent apparemment pas à des interrogatoires utilisant la torture mais essayent de faire craquer nerveusement les soldats en les isolant et en les menaçant afin qu’ils livrent des informations importantes. Affaibli, Steve Odahowski ne craque pas et est finalement envoyé au Stalag Luft 3 près de Sagan en Silésie près de la frontière germano-polonaise. Quelques mois plus tard, du fait de l’avancée russe, il seront déplacés jusqu’au  Stalag  VII A près de Moosburg, d’où ils seront libérés  le 19 avril 1945 par la 3rd U.S. Army du Général Patton.

Rencontré à plusieurs reprises à l’occasion des réunions annuelles regroupant les anciens pilotes de planeur américains de la Seconde Guerre mondiale, j’avais proposé à Steve de revenir en Normandie afin de retrouver le secteur sur lequel il s’était posé le 6 juin 1944. En juin 2001, celui-ci a accepté l’invitation, accompagné de sa femme Cheryl et sa fille Sharon, et une équipe de France 3 Normandie a couvert l’événement.

Epilogue, le 5 juin 2004, dans le cadre des cérémonies commémorant le 60ème anniversaire du débarquement de Normandie, Steve Odahowski sera élevé au rang de chevalier de la Légion d’Honneur par le gouvernement français. Il s’est éteint le 17 septembre 2006.

Quelques objets lui appartenant sont exposés au Airborne Museum à Saint-Mère-Eglise.